Esprit du lac de l'Ouest

En dépit de son apparition tardive, au IXe siècle, le lac de l’Ouest est très présent dans les mythes de fondation. Le Seigneur des Dragons aquatiques (Lạc Long Quân), père du fondateur de la dynastie des rois Hùng, serait né de la mutation d’un grand reptile qui vivait dans ses profondeurs. Au milieu du lac s’étendait un mont boisé regorgeant de loutres — cet animal à la fois terrestre et aquatique est représenté sur nombre de tambours de bronze d’époque Đông-Sơn.



Bien connue de tous les Hanoïens, la « légende de l’esprit du lac» (truyện hồ tinh) relate les méfaits d’un renard à neuf queues qui exerçait son influence maléfique sur toute la région. Il prenait la forme d’un être humain et, ainsi dissimulé, venait semer le trouble parmi les hommes. Mais le Seigneur des Dragons aquatiques fît monter les eaux qui envahirent le repaire du renard (dans une autre version, il fit frapper le terrier par la foudre). Effrayé, le monstre jaillit de sa tanière et prit la fuite, mais les tribus le poursuivirent et parvinrent à le tuer. Le mont s’écroula alors de lui-même et laissa place à une large cavité envahie par les eaux - le futur lac de l’Ouest - qu’on nomma «marais de la dépouille du Renard». Le nom de certains lieux d’Hanoï garde le souvenir de cet animal maléfique (Cáo-Đỉnh par exemple).

A l’inverse, la légende de Khổng-Lồ met en scène la victoire des forces telluriques. Selon cette légende, une femme venue se laver les pieds au débarcadère situé sur la rive occidentale du lac fut happée par un reptile qui surgit du fond du lac et la dévora. Son fils, un géant nomme Không-Lồ, qui n’était autre que la divinité des monts, tua le reptile et soumit les eaux (il est encore honoré dans le temple de Quán-La).

Le nom de ce géant ressemble à celui du bonze chinois Không-Lộ qui, lui aussi, passe pour être à l’origine de la domestication de l’eau du lac. Ce bonze, en raison de ses mérites, reçut de l’empereur de Chine une besace remplie d’étain et de cuivre. Parvenu au Viêt-nam, il utilisa ces métaux pour fondre une gigantesque cloche en bronze. Son timbre était si puissant et sa sonorité si pure qu’elle résonna jusqu’en Chine où, croyant entendre le cri de sa mère (l’or est réputé fils du bronze), un bufflon d’or se précipita vers le sud. Quand l’animal arriva à hauteur d’Hanoï, la cloche se rompit et le son cessa. Éperdu, désorienté, il tourna en rond et piétina si profondément la terre qu’il forma la cavité qui devint le lac de l’Ouest. L’affluent du Tô-Lịch qui coule au sud d’ Hanoï s’appelle la rivière du Buffle d’or (Kim-Ngưu) en souvenir de cette légende. Au fil du temps, ces récits se sont mêlés et leurs protagonistes sont devenus les objets de cultes dont plusieurs sont encore très vivants. Dans le temple de Lý Quốc Sư, au centre d’Hanoï, on peut voir la reproduction de la besace de Không-Lộ. Dans celui de Thần Quang, sur la presqu’île de Ngũ-Xã, les habitants honorent simultanément les deux héros, celui qui a tué le reptile et celui qui a fondu la cloche.

Ces légendes rattachent la formation du lac de l’Ouest au conflit mythique de la terre et de l’eau, mais elles le relient également au début de l’histoire. Comme les légendes liées au Nombril du dragon et à la rivière Tô-Lich, nous y trouvons nombre d’emprunts à la mythologie chinoise, à commencer par le bufflon d’or, le renard à neuf queues et le moine bouddhiste, qui associent clairement le grand voisin du Nord à la fondation d’Hanoï.
 

13/02/2017

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